Son terroir ? La Goutte d'Or. Thierry Roche y élabore des bières dont les noms sont inspirés des rues du quartier. Portrait.
Dans un esprit locavore, Thierry Roche s'apprête à devenir le premier brasseur artisanal parisien. Immergé dans le terroir multiculturel de la Goutte d'Or, il a longtemps pratiqué en amateur avant de faire le grand saut…
En mars dernier, Thierry, 39 ans, a quitté son emploi dans le secteur de l'Internet pour se former au métier d'Opérateur de brasserie à La Rochelle, le seul diplôme de ce type en France. Sur sa page Ulule, il évoque fièrement une note de 20/20 en biochimie. En moins d'un an, son projet a déjà atteint 54% de financement, avec l'espoir de compléter son budget d'ici le 31 janvier. "Ce n'est pas seulement une question de 7 500 euros, mais cela me permettra d'être plus confiant face à la banque et au propriétaire du local que j'ai choisi", explique-t-il.
Une passion qui réveille le marché
"Dans les années 1980, la bière française était en pleine stagnation. Depuis 2000, la production a explosé. Aujourd'hui, la région Rhône-Alpes est la plus dynamique", révèle Thierry, qui a étudié l'histoire de la bière et son marché pour créer son entreprise. En 2010, la consommation de bière artisanale a crû de 6,6% en France, portée par l'engouement pour des produits bio et locaux. Influencé par des marques comme Innocent et Michel & Augustin, il souhaite cependant rester éloigné de la tendance opportuniste du "terroir-caisse" dénoncée par le chef Thierry Marx. "La Goutte d'Or est mon village, et c'est ici que je veux bâtir quelque chose de significatif avec les gens de cette communauté.
Des bières qui célèbrent le quartier
D'ici mai, cinq de ses créations, conditionnées dans des bouteilles en verre recyclé et étiquetées sur place, devraient orner ses étagères. Les premières dégustations dans le quartier ont déjà eu lieu. La Château-Rouge est relevée, la Léon fait éclore des arômes de gingembre, tandis que la Myrha marie l'orge et la datte. La Charbonnière, plus fumée, et la Poissonnière, aux épices, invitent au voyage au cœur d'un été au jardin. Ces bières bobo, en somme, portent l'âme de la Goutte d'Or : un lieu intense, complexe et très attachant.
Ce ne sera pas simplement un bar, mais une boutique de proximité et un espace de vie où des événements de dégustation auront lieu régulièrement. D'autres artisans comme un boulanger ou un fleuriste viennent de s'installer à proximité. Thierry note une dynamique collective, soutenue par des politiques locales et des initiatives associatives, qui favorisent le développement du quartier. Le prix d'une bouteille de 50 cl, fixé à 3,80 €, reste abordable, pour un plaisir simple à partager. Une véritable aventure humaine et économique ancrée dans son temps et son environnement.







