Superdrug, chaîne britannique de parapharmacie et de produits de beauté, a annoncé le retrait des prototypes d'une « balance célébrités » après une réaction publique et professionnelle très négative. L'idée consistait à remplacer un chiffre affiché sur la balance par le nom d'une star — on ne pèserait plus 60 kg mais « rihanna » — afin de « détourner la conversation » autour du poids et d'affirmer que chacun est différent. Le projet, présenté sur les réseaux sociaux, a cependant suscité une vive polémique et a été rapidement abandonné.
Un concept mal reçu par les consommateurs
Le message initial de l'enseigne expliquait que les prototypes visaient à questionner la fixation sur le nombre affiché par la balance. Pourtant, de nombreux clients, et en particulier des parents, ont jugé le dispositif maladroit et potentiellement dangereux. Plusieurs internautes ont exprimé leur indignation sur Twitter, soulignant que ce genre d'objet enverrait un message néfaste aux adolescent·es, déjà fragilisé·es par les normes esthétiques véhiculées par les médias et la culture des célébrités.
Alarmes d'experts et contexte sanitaire
Au‑delà du tollé sur les réseaux sociaux, des associations spécialisées et des professionnels de santé ont vivement critiqué l'initiative. Beat, la principale association britannique de lutte contre les troubles alimentaires, a qualifié le produit d'"incroyablement dangereux". Susan Ringwood, présidente de l'association, a estimé que l'objet exploitait les pires ressorts de la culture des célébrités et alimentait des obsessions potentiellement délétères pour les jeunes.
Des nutritionnistes ont rappelé l'absence de fondement scientifique d'une telle approche et alerté sur le risque d'accroître l'insécurité corporelle et l'anxiété liée au poids. Les critiques pointent notamment:
- le renforcement des comparaisons sociales nuisibles entre jeunes et célébrités ;
- la banalisation d'un sujet de santé publique grave ;
- le risque de glamorisation de morphologies particulières comme modèle unique.
Le retrait intervient dans un contexte préoccupant: les services de santé britanniques observent une augmentation des prises en charge pour troubles alimentaires depuis plusieurs années. Ces pathologies, qui peuvent mener à de sévères complications médicales et psychiatriques, touchent en particulier les adolescent·es et nécessitent une attention soutenue des autorités et des acteurs du secteur commercial.
Communication et responsabilité des marques
Face à la controverse, Superdrug a indiqué avoir pris en compte les retours des consommateurs et renoncé à commercialiser ces prototypes. Plusieurs célébrités nommées sur les balances ont elles‑mêmes demandé à ne pas être associées à l'objet. Le cas illustre la difficulté pour les marques de conjuguer originalité marketing et responsabilité sociale: un concept perçu comme provocateur peut rapidement se transformer en crise si son impact psychosocial n'a pas été évalué au préalable.
Cette affaire rappelle l'importance pour les enseignes de consulter des expert·es en santé publique et des associations concernées avant de lancer des campagnes touchant à l'image corporelle. Au‑delà des bonnes intentions affichées, la sensibilité du sujet impose prudence et dialogue pour éviter des conséquences involontaires sur des populations vulnérables.
En fin de compte, la fronde autour de la « balance célébrités » montre combien la frontière est ténue entre créativité commerciale et risque sanitaire: une leçon que beaucoup d'acteurs du secteur devront garder à l'esprit.







