Depuis le 26 février 2024, les entreprises fabriquant des substituts à base de plantes pour des produits animaliers doivent modifier les noms de leurs ingrédients. Fini les steaks végétaux, escalope de céréales ou jambon végan ! À la suite de pressions du secteur bouchier, le gouvernement cherche à éviter toute confusion parmi les consommateurs. Cela vise à empêcher qu’un consommateur ne confonde un steak de soja avec une pièce de bœuf Angus. Le secteur des produits laitiers a également obtenu que des boissons à base de soja ou de riz ne possèdent plus des noms considérés comme trompeurs.
Quels termes sont désormais acceptables pour les simili-carnés et pourquoi s'oppose-t-on à ces appellations ? Explorons les détails sans jugement sur les choix alimentaires !
Pourquoi les végétariens recherchent-ils des alternatives à la viande ?
Il semble évident que les végétariens et végans, en renonçant à la viande, n'ont pas besoin de ce qui lui ressemble. Pourtant, leur situation est plus complexe : beaucoup abandonnent la viande non pas par simple aversion gustative, mais par conviction. Que ce soit pour des raisons de bien-être animal ou d'impact environnemental, ils gardent souvent une attirance pour le goût et la texture de la viande. Consommer des substituts permet de satisfaire leurs goûts tout en respectant leurs valeurs.
La culture alimentaire est riche et variée. Par exemple, en France, consommer le chien ou le chat est perçu comme choquant, alors que cela est normal dans d'autres cultures. Inversement, certains Indiens vénèrent la vache, tandis que de nombreuses cultures l'exploitent sans difficulté morale. Malgré leur choix d'une diète sans viande, des végétariens ont été élevés dans un environnement où la viande est centrale, ce qui rend attirants les substituts, adaptés à leurs valeurs tout en répondant à des besoins nutritionnels et émotionnels.
À noter : Si ces substituts offrent des apports en matières grasses et protéines, ils contiennent également des glucides (5 à 20 %), à l'exception du tofu. Cette donnée est cruciale pour ceux suivant un régime low carb.
De plus, ces produits séduisent également les amateurs de viande cherchant à réduire leur consommation pour des motifs écologiques ou de santé, alors que des études lient la viande rouge à diverses maladies.
Que stipule le décret du 26 février 2024 ?
Le Décret n° 2024-144 du 26 février 2024, concernant l'usage de certaines dénominations pour les denrées à base de protéines végétales, a listé 119 appellations (jambon, pâté) et 21 termes associés (boucher/bouchère, escalope) que seuls les produits d'origine animale peuvent porter. Les fabricants de simili-carnés ont eu trois mois pour modifier leurs étiquettes et un an pour écouler leurs stocks. Il est désormais interdit d'utiliser des termes faisant référence à l'animal pour désigner des produits non carnés, exclusivement pour le marché français. Cette réglementation engendre une inégalité de traitement entre entreprises nationales et étrangères, créant des tensions sur le marché.
Des sanctions allant jusqu'à 1 500 euros pour les individus et 7 500 pour les entreprises sont prévues en cas de non-respect.
Pourquoi la filière animale a-t-elle demandé cette interdiction ?
Gabriel Attal, Premier ministre, a expliqué que le gouvernement avait répondu à une demande des acteurs du secteur animal, notamment les éleveurs qui percevaient ces termes comme une source de confusion. Cela touche également les produits d'origine animale auxquels s'ajoutent des ingrédients végétaux. Par exemple, un saucisson contenant plus de 5 % de protéines végétales ne pourrait revendiquer ce nom. Ainsi, cela représente une garantie de qualité pour les produits de la chasse.
Les professionnels du secteur souhaitent préserver leur identité et craignent que cette confusion nuise à leurs ventes. Pour eux, cette réutilisation des noms est vue comme une appropriation de leur tradition, signalant une concurrence déloyale.
Des organismes de défense des consommateurs, comme UFC-Que Choisir, ont soutenu cette demande, arguant qu'elle protégerait l'acheteur potentiel de malentendus.
Cependant, plusieurs experts soulignent que la diminution des ventes de viande découle d'un choix éclairé des acheteurs vers des habitudes plus durables, en partie à cause de la sensibilisation à la souffrance animale.
Quels défis pour les producteurs de substituts ?
Cette interdiction risque d'endommager la visibilité des produits. Les consommateurs auront du mal à identifier des alternatives à la viande, car des termes familiers comme « steak » facilitent le choix lors de la réduction de leur consommation carnée. Cela complexifie la communication pour les fabricants.
En outre, cette restriction pourrait freiner l'innovation, car plusieurs entreprises cherchaient des façons de développer des substituts proches de la viande pour aider les gens dans leur transition alimentaire. Se passer de ces références rendra la créativité davantage nécessaire.
Les créateurs devront trouver des solutions novatrices pour faire connaître leurs produits, en jouant sur des descripteurs alternatifs ou en adoptant une approche plus poétique. En effet, des concepts comme faux-mage ou faux gras émergent déjà ; on pourrait voir des innovations telles que bec'on, patte'hé ou sossiches ! Cela pourrait également encourager une prise de distance avec les produits à impact environnemental négatif.
En ce qui concerne les produits laitiers, la Cour de Justice de l'Union européenne exclut l'usage de « lait » pour les alternatives végétales. Cette décision s'appuie sur un verdict de 2017 qui rejette l'utilisation de dénominations laitières pour les produits végétaux afin d'éviter toute confusion.
Malgré les exceptions pour certains produits, comme le beurre de cacahuète ou de cacao, le nouveau décret français s'inscrit dans ce cadre européen.
L'interdiction des termes liés à la viande suscite de vives discussions. Alors que certains avancent que cela clarifie le marché, d'autres crient à un frein pour l'innovation et l'autonomie des choix alimentaires. Ce changement profond affectera la stratégie marketing des producteurs de substituts, mais il semble peu probable qu'il stoppe la transition vers une consommation carnée diminuée, tant les impacts sur la santé, l'environnement, et le bien-être animal ne cessent d'être médiatisés.
Ainsi, la communauté végétarienne et végane continuera à débattre avec les carnistes sur les réseaux sociaux, marquant une évolution des choix alimentaires et leur impact sur l'industrie.







