Découvrez comment la piquette, longtemps mal aimée, retrouve sa place sur les tables des consommateurs et des vignerons.
Traditionnellement perçue comme un vin de mauvaise qualité, la piquette commence à regagner ses lettres de noblesse. Désormais, elle s'exporte au-delà des frontières françaises, en particulier aux États-Unis, où elle est mise en avant par des vignerons passionnés. Des experts comme Julien Guillot, des Vignes du Maynes, et Nicolas Fernandez, du domaine La Calmette, se donnent pour mission de partager les subtilités de cette boisson particulière.
Un retour aux racines
Souvent confondue avec le vin, la piquette est plutôt une liqueur provenant de la fermentation d'eau et de marcs de raisin. Elle était autrefois considérée comme la boisson des travailleurs, en particulier des viticulteurs, grâce à sa faible teneur en alcool ({6% à 7%}) qui permettait de mieux travailler. Julien Guillot se rappelle que, jadis, cette boisson rafraîchissante était appréciée tout autant par les adultes que par les enfants.
Pour préparer une piquette, il faut la laisser fermenter pendant deux semaines, puis reposer six mois avant de la mettre en bouteille. Chaque vigneron a sa propre recette : Guillot utilise des marcs de pinot noir et de chardonnay pour créer des saveurs de fruits rouges, tandis que Nicolas Fernandez opte pour le malbec pour donner une couleur plus intense.
De la réputation à la popularité
Au XIXe siècle, la piquette a souffert d'une mauvaise réputation en raison d'une réaction acétique qui la faisait passer pour du vinaigre. Interdite en 1907, elle a été reclassée comme vin artificiel et a dû faire face à une concurrence jugée déloyale par les grands vignerons, d'après Jean Sagnes, professeur d'histoire contemporaine.
Cependant, la tendance s'est inversée. Depuis 2017, la piquette connaît un vif succès aux États-Unis grâce à des producteurs comme Todd Cavallo. Des marques telles que Monte Rio Cellars en Californie et Old Westminster au Maryland enrichissent le paysage. Ce breuvage pétillant et léger attire de plus en plus de consommateurs.
Le goût de l'innovation
Prisée pour ses arômes subtiles et son faible coût de production, la piquette séduit également la jeune génération française, particulièrement soucieuse de l'écologie. Julien Guillot souligne que cette boisson met à profit des déchets de production, prônant ainsi un recyclage à travers la transformation des marcs de raisin.
Vendue majoritairement en micro-cuvées, la piquette peut être trouvée dans des cavistes tels que Sauvage à Paris, ou dans des restaurants comme Racines à New York. Elle s’associe idéalement à des apéritifs frais, des plateaux de fromage, et même des desserts, comme le souligne Sébastien Leroy, chef au restaurant Sauvage.







